Ecrire selon un genre et avec du style

La grosse question, quand on se lance dans l’écriture d’une histoire, est le choix du genre. Va-t-on partir pour une nouvelle, un roman, une pièce de théâtre, un conte ?

En fait, nous pouvons écrire dans tous les genres. C’est l’histoire qui nous guide vers un genre.

Exemple avec une nouvelle avec des contraintes imposées.

L’exercice derrière le texte

Le fil conducteur et l’histoire :  » Un homme part en voiture sans doute pour les vacances avec sa femme à côté de lui, sa belle-mère et ses enfants derrière. Tout à coup, l’homme sent sous son pied une chaussure de femme, un escarpin. Il panique car il sait très bien qu’il a trompé sa femme dans cette voiture avec une dame portant des escarpins. Comment va-t-il faire disparaître l’escarpin ?

La chute : Quand enfin il est arrivé à destination et qu’il a réussi à se débarrasser de l’escarpin, sa belle-mère sort de la voiture et dit « je ne comprends pas je ne retrouve plus ma chaussure ».


Moi, je m’appelle Gaspard. J’ai huit ans et je suis drôlement content. Je pars en vacances avec mon papa, ma maman, Rita ma petite sœur de cinq ans – même si elle est ch… – et ma Mamie !

Ma Mamie, elle est pas comme toutes les autres Mamies. Elle est super drôle et elle a un look d’enfer ! Elle porte souvent des blousons en cuir tout cloutés. Elle abuse des fois un peu sur le maquillage, avec son bleu sur les yeux, son noir autour et son rouge à lèvres qui laisse des traces partout. Elle a des hauts rigolos de toutes couleurs, des fois même en peau de léopard ou de zèbre. Ils sont souvent ouverts et on voit même le début de ses nénés. Quand Maman lui dit qu’elle pourrait quand même remonter son col, Mamie lui répond : « Pourquoi ? Ils sont pas beaux mes nénés ? ». Ma sœur et moi, ça nous fait marrer. Mamie, nous, on la trouve belle. Mamie, elle est pas comme tout le monde. Elle a toujours des histoires rigolotes à raconter. Elle nous parle de ses amoureux d’avant. « Parce qu’il faut bien que vous appreniez comment le monde marche ! » qu’elle dit. On comprend pas bien ce que ça veut dire, mais on s’en fout. On adore quand elle nous parle par exemple de son amoureux écossais, Edward, qui portait des jupes, comme les filles. Ou encore de Kurt, son amoureux allemand, qui habitait la Bavière, avec ses culottes de peau. On est complètement écroulés quand elle imite leurs accents.

Normal que Mamie, elle plaît aux hommes. Même encore maintenant ! L’autre jour, à l’école, j’en ai vu un de papa qui la regardait… Et pas que dans les yeux ! Mamie, elle met des jupes courtes, avec des fois, des collants avec des dessins. Ben oui, elle a la ligne, comme elle dit. Papa dit que ces jupes sont ras la tou…., avec une grimace qui veut dire qu’il aime pas. Mais alors, pas du tout ! Quand elle marche avec ses es… es… escar… Enfin, des chaussures avec des talons tous fins et super hauts – que même Rita, elle dit qu’elle voudra les mêmes quand elle sera grande – eh ben, Papa, il dit qu’elle ressemble à une p… J’ai jamais réussi à savoir ce que c’était après le p… Car, Maman se fâche tout de suite contre Papa et lui dit « Chut, les enfants ! ».

Moi, ma Mamie je l’adore. Elle nous emmène dans des endroits, que Papa et Maman veulent pas qu’on aille. L’autre fois, elle nous a emmenés dans un musée. Au départ, on était pas trop contents. Un musée, tu parles ! Mais quand on a été sur place, on était tout excités. Car, celui-là, c’était pas pareil que les autres. C’était le Musée des sous-vêtements… C’est ce que j’ai lu sur le panneau à l’entrée. Enfin, c’était le musée des culottes, quoi… Des « plis » comme dit Rita, comme elle arrive pas à dire « slip ». Le musée aussi des soutien-néné, comme les appelle Mamie. C’était génial. On en a vu des trucs, à se demander comment les gens pouvaient les enfiler ! Quelle rigolade, surtout avec les commentaires de Mamie. Elle en connaît un rayon ! On a appris plein de choses. Je comprends pas pourquoi Papa et Maman, ils veulent pas qu’on voit ça. En tous cas, mes copains, ils sont jaloux de moi. Ils voudraient avoir une grand-mère comme ma Mamie.

Aujourd’hui, c’est le grand départ. On va à la mer. On y restera deux semaines. Rita et moi, on est tout excités. C’est la première fois que Mamie vient avec nous en vacances. Papa ne semble pas trop content. Maman l’a rouspété. « Je te préviens, tu fais pas la gueule toutes les vacances à cause de ma mère ! » qu’elle a dit. Moi, je ne vois pas pourquoi il ferait la gueule. C’est les vacances et Mamie, elle est drôle ! Les adultes, ils sont pas toujours faciles à comprendre.
Tiens, par exemple, aujourd’hui, on part en vacances et là, Papa et Maman, ils sont tout énervés. C’est pas logique, quand même. Depuis ce matin, ils sont tout le temps après Rita et moi. Faut se dépêcher de déjeuner, de se brosser les dents, de s’habiller, de mettre les chaussures… Ils ont beau dire, mais Mamie, elle, elle reste cool. Elle arrête pas de nous faire des clins d’œil et de nous aider à nous préparer.

Enfin, on est dans la voiture et on part. Toutes les affaires sont dans le coffre. Il est plein à rabord. Et Maman qui n’arrête pas de demander à Papa s’il a bien mis dans le coffre ça ou ça… Du coup, Papa s’énerve. Moi, j’aime pas quand Papa conduit quand il est énervé. Il me fait peur.

« Tu aurais pu t’habiller autrement ! » dit Maman, tout fâchée, en se retournant vers Mamie.

« Qu’est-ce qu’elle a, ma tenue ? Et puis, tu me parles autrement ! Je suis ta mère, n’oublie pas ! » que Mamie répond du tac au tac.

Moi, je comprends pas pourquoi Maman, elle lui dit ça, à Mamie. Okay, elle a un truc comme un leggings, rouge qu’il est. En haut, elle a un haut avec plein de dessins rouges, verts et jaunes. Y’a pas de manches et son tour du cou est bien dégagé. Mais pas plus que d’habitude. Alors, c’est quoi le problème ?

« T’as vu tes chaussures ? »

« Oui. Elles vont bien avec ma tenue, non ? » que dit Mamie en tendant la jambe et en faisant des ronds avec son pied droite.

C’est vrai que ses es…es…. escar…. Bref, ses chaussures, elles sont rouges comme son haut.

« Au niveau couleur, oui. Mais, on ne peut pas dire que ce soit exactement des chaussures de vacances »

« Pourquoi ? »

« Maman ! Tu ne vas pas me dire que tu vas les mettre pour aller à la plage ! »

« Pourquoi pas ? » qu’elle répond, Mamie, en nous faisant un clin d’œil.

« Okay. Tu as raison… comme d’habitude. On ne peut pas parler avec toi. » que Maman répond, en tournant la tête du côté de la fenêtre. Je vois bien qu’elle est fâchée. Je suis assis juste derrière elle.

Mamie est au milieu, à côté de moi et Rita, derrière Papa, qui conduit. J’arrive pas trop à voir ce qu’il pense. Il a mis ses lunettes de soleil.

« Bon, on se calme ! » qu’il dit, Papa, avec ses mains à plat. « On part en vacances. On se détend. La vie est belle. »
Merci, Papa. Ben oui, on part en vacances. C’est pas comme si on partait à la guerre…

Ça fait je-ne-sais-pas-combien-de-temps qu’on est parti, mais ça fait drôlement longtemps. Maman n’est plus énervée du tout. Elle chante même une chanson avec nous.

« Tirelipimpon sur le Chiwawa….Tirelipimpon avec la tête avec les bras… »

Papa aussi, il chante ! Ça, c’est l’effet Mamie. Y’a pas à dire. Il a beau s’énerver contre elle, il y a toujours un moment où elle fait rigoler, où on se dit que dans la vie, y’a pire. Je trouve qu’elle sait y faire pour mettre l’ambiance.

« Allez, Jean-Pierre, la prochaine chanson, c’est vous qui la choisissez ! »

« Mais je ne connais pas aussi bien de chansons rigolotes que vous »

« Mais si, Jean-Pierre, vous en connaissez. Souvenez-vous quand vous étiez gamin… Qu’est-ce que vous chantiez ? »

« Je ne me rappelle pas… »

« Je ne vous crois pas. Regardez ma fille, elle se souvient des chansons qu’on chantait quand, avec son père, on partait en Espagne, n’est-ce pas ma Chérie ?! »

« Oui, c’est vrai. Allez, Jean-Pierre, fais pas ton gêné… »

« Oh merde ! » qu’il dit Papa, tout à coup.

« Jean-Pierre ! » que Maman le reprend, parce qu’on est là. Comme si on savait pas que les adultes le disent, ce mot.

« Ouais, désolé…. Mais t’as vu ce qu’il y a devant nous ? »

Ben, devant nous, y’a un gros bouchon. Toutes les voitures ont mis leurs feux clignotants. Papa ralentit et s’arrête juste derrière un gros 4×4.

« Bon, faut regarder où est la prochaine sortie d’autoroute » qu’il dit, en râlant un peu et en prenant son téléphone portable.

Du coup, plus personne ne parle. On attend que Papa parle.

« On est vraiment vernis ! La prochaine sortie est dans vingt kilomètres ! »

« Pas grave, Jean-Pierre » qu’elle dit, Mamie. « Y’a pas mort d’homme. Il suffit d’avoir un peu de patience. De toute façon, qu’est-ce que vous voulez faire ? »

« Rien. Il n’y a rien à faire »

« J’ai vu qu’il y a une aire de repos dans cinq kilomètres. On pourrait y faire une halte, non ? » qu’elle lui dit, Maman.

« Oui, bonne idée » qu’il répond, Papa, et nous, Rita et moi, on pousse des gros « Oouuuaaais !!! » On en a marre d’être dans la voiture.

Papa et Maman se regardent d’un air, qui veut dire « on n’a pas le choix ».

« A ce rythme, on devrait y être dans dix minutes, peut-être quinze… » qu’il dit, Papa.

« Bon, alors, Jean-Pierre, elle vient cette chanson ? » qu’elle demande encore Mamie.

« Ecoutez, Janine, ne le prenez pas mal, mais là, je ne suis plus d’humeur »

« Okay, okay…. Je n’insiste pas. Bon, les enfants, et si on jouait à un jeu en attendant ? »

« Oouuuaaais !!! »

Soudain, Papa, il pile en criant un gros « Putain ! ». Moi, je sais qu’il ne faut pas dire ce mot. Mais cette fois, Maman, elle lui dit rien. On a tous eu peur. Une « BM », comme dit Papa et comme il m’a appris à les reconnaître, a essayé de nous passer devant, depuis la file d’à côté. Le monsieur au volant, il voulait occuper l’espace que Papa a laissé libre devant le gros 4×4. Distance de sécurité, que ça s’appelle. Papa le klaxonne, mais le monsieur, il s’en moque. Il est passé quand même.

« Jean-Pierre, bravo. Vous avez de bons réflexes » que Mamie lui dit, à Papa.

« Merci, Janine » que Papa répond, en enlevant ses lunettes de soleil. Je le vois prendre un mouchoir et s’essuie le front qui est tout mouillé. C’est vrai qu’il fait chaud.

Moi, je suis fier de mon papa. Quand je serai grand, je serai comme lui. Fort, intelligent, et je saurai tout. C’est pour ça pour que je l’observe souvent. Quand il conduit, je regarde tout ce qu’il fait. Quand il change de vitesse, quand il regarde dans le rétroviseur, quand il met le clignotant… souvent, je fais comme lui, comme si j’avais un volant dans les mains. Rita, elle se moque de moi. Mais ça m’est égal. C’est une fille. Elle peut pas comprendre.

« Je peux avoir la bouteille d’eau, s’il te plaît, ma Chérie ? » que Mamie demande, en se penchant tellement en avant qu’elle est plus assise du tout. On voit même ses fesses. Il faut dire que la voiture de Papa, elle est grosse. C’est une Audi, spéciale pour les grands, que Papa a dit. J’arrive jamais à me souvenir du modèle.

« Bien sûr. Tiens ! Et les petits, ils en ont assez ? »

« Oui… t’inquiète pas »

Bizarre, la façon que Mamie a répondu à Maman, un peu comme une machine. Elle s’est rassise tout doucement en regardant papa avec un drôle d’air. Alors, je le regarde aussi. Pourquoi il a son bras droit entre ses jambes, comme s’il cherchait quelque chose par terre ? Il a pas l’air comme d’habitude. Ça, c’est pas dans la conduite. Il a jamais fait ça, en conduisant. On dirait qu’il a des ennuis. Je dis ça, parce qu’il fait la même tête que, quand il dit qu’il est stressé avec son travail. Il a le même tic. Avec ses doigts, il triture ses lèvres. Même que Maman, elle déteste ça.

« Qu’est-ce que tu as ? » qu’elle lui demande, d’ailleurs.

« Rien… »

« T’as pas l’air…»

« Rien, je te dis »

Papa regarde Mamie dans le rétroviseur. Elle le regarde aussi tout sérieusement. Papa, il est tout pas bien d’un seul coup. Je les ai jamais vus comme ça. Qu’est-ce qu’il y a ?

« Mamie… » que je demande.

« Oui, mon lapin »

« Ça va ? »

« Mais bien sûr que ça va ! Pourquoi voudrais-tu que ça n’aille pas ? » qu’elle me répond en riant. Ah, elle redevient comme avant. Enfin, presque. « Alors, on le fait ce jeu ? »

« Ouuiiii » que Rita dit.

Moi, je fais juste signe de la tête. Je vois bien qu’il y a quelque chose qui va pas. Alors, j’observe encore mon papa.

« Mais enfin, Jean-Pierre, qu’est-ce tu fous ? » que Maman, elle dit à Papa.

« Mais rien ! »

« Mais si… si tu crois que je ne te vois pas ! Qu’est-ce que tu planques là, sous ton siège ? »

« Mais rien, je ne planque rien… » qu’il dit, en remettant sa main sur le volant. « Dis-moi plutôt à quelle distance on est de l’aire de repos, s’il te plaît »

« Moins de trois kilomètres » que Maman répond, une fois qu’elle a regardé sur son téléphone.

« Alors, Gaspard, tu joues avec nous ou tu bayes aux corneilles ? » que Mamie, elle me dit.
Moi, je rigole.

« C’est quoi encore, cette expression, Mamie ? »

« Comment ça, tu ne connais pas, cette expression ? »

Je fais non de la tête.

« Ça veut dire rester sans rien dire, la bouche ouverte »

« Ben pourquoi on parle de corneilles ? »

« Ça a rien à voir avec les oiseaux, dans cette expression. Les corneilles, au 16ème siècle, c’était des choses sans importance. Et bayer aux corneilles, ça veut dire rester sans rester faire ni dire devant quelque chose qui n’a pas d’importance. Voilà, jeune homme ! »

« T’as vu, ta grand-mère, elle n’en pas forcément l’air, mais elle est très savante, tu sais ! » qu’elle me dit, Maman, toute fière. « Tu le savais, toi, Jean-Pierre ? »

« Non. Merci, Janine. Vous m’épatez. Je ne vous savais pas aussi calée ! »

Ben, c’est bien la première fois que j’entends Papa lui parler si gentiment, à Mamie.

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, mon Chéri ? » qu’elle dit, Maman. « Tu te mets à aimer ma mère ? Il faut célébrer ça ! »

« T’affole pas, ma Chérie. Ce n’est peut-être que passager, ce revirement. Et puis, Il y a peut-être d’autres choses plus importantes à célébrer ?! »

Mamie a dit ça en regardant Papa dans le rétroviseur droit dans les yeux. Papa se râcle la gorge et baisse les yeux. C’est la première fois que je vois papa baisser les yeux devant Mamie. D’habitude, il se moque. Mais, pas là. Qu’est-ce qui se passe ?

« Ah, enfin, ça roule un peu plus… » qu’il dit.

C’est vrai que les voitures autour de nous, elles vont plus vite. Papa passe les vitesses. Et puis, je le vois poser sa main gauche sur sa cuisse, puis la passer entre ses jambes, comme il faisait tout à l’heure. On dirait qu’il attrape un truc, qu’il essaie de mettre du côté de sa portière, comme pour que maman ne le voit pas.

« Maintenant, Jean-Pierre, ça suffit ! Qu’est-ce que tu fabriques ? » que Maman dit, en se penchant vers lui. Elle est même au-dessus du levier de vitesse. « Fais-moi voir ce que tu tiens dans ta main ! »

« Mais arrête, tu vas nous faire avoir un accident » qu’il dit Papa, en la repoussant.

Mais Maman insiste et s’accroche au volant. Rita et moi, on commence à avoir peur. La voiture, elle fait comme des zig-zag. On est bringuebalés une fois à droite, une fois à gauche. Heureusement, Mamie, elle intervient.

« Mais enfin, tous les deux, vous arrêtez vos chamailleries ! On dirait des gosses ! Vous règlerez vos problèmes quand on sera sur l’aire de repos. Il manquerait plus que ça qu’on emboutisse une voiture ou qu’on se plante ! Ma Chérie, calme-toi ! »

Mamie, elle a parlé d’une voix forte, comme je l’ai jamais entendue. Maman, du coup, elle se calme. Elle fait comme nous, quand c’est elle qui nous gronde. Et Mamie qui regarde encore Papa dans le rétroviseur. C’est quoi, cette histoire. Moi, je crois savoir ce que Papa, il avait dans la main. Quand la voiture a fait un zag sur la droite, j’ai pu voir un truc. Il me semblait bien que c’était un es…es… escar… enfin, une chaussure de Mamie. Noire qu’elle est. Le truc, c’est que j’ai jamais vu Mamie avec des chaussures noires. Elle, elle a toujours des trucs tout bariolés de couleurs. Et pourquoi papa, il a une chaussure de Mamie ? Et pourquoi il le cache à Maman ? Est-ce que c’est parce que c’est des chaussures de p. comme il dit ?

Avec le coup de tonnerre de Mamie, on reste tous silencieux dans la voiture. Il n’y a que, quand on arrive à l’aire de repos, que Rita crie « Hourra ! On est arrivés ! »

Papa parque la voiture. Maman descend de la voiture très vite. Mamie lui demande de s’occuper de Rita, qui n’arrive pas à ouvrir sa porte.

« Normal, c’est la sécurité enfant » qu’elle dit, Maman, toujours fâchée. Je vois bien qu’elle meurt d’envie d’ouvrir la porte de papa.

« Maman, j’ai envie de faire pipi ! »

Ça, c’est ma sœur tout craché. Toujours envie de faire pipi.

« Emmène-là » que Mamie dit à Maman, en descendant de la voiture. « Moi, je m’occupe de Gaspard »

Mamie a parlé un peu comme tout à l’heure, dans la voiture. Maman a obéi. Ça fait bizarre de voir Maman obéir comme une petite fille. Moi, j’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi. Je suis grand ! Et puis, je veux voir ce que fait papa. Pourquoi il reste encore dans la voiture, lui ?

« Tu ne descends pas, mon grand ? » que Papa me demande.

« Si… »

« Tu veux bien me passer le sac, là, dans la poche du siège de Maman ? »

« Celui-là ? »

« Oui…. Allez, sors de là maintenant ! Il est temps que tu te dégourdisses les jambes ! »

J’ai compris. Il veut pas que je vois ce qu’il fait. Je ne suis pas bête.

« Allez, viens avec moi, Gaspard » me dit Mamie, en tendant le bras.

Je descends de la voiture. Je vois papa mettre l’escar… truc dans le sac, en cachette. Il est vraiment bizarre, papa. Il descend lui aussi, avec le sac dans la main. Mamie me prend par la main.

« Viens, Gaspard, on va aller voir là-bas ce qu’il y a »

« Y’a rien à voir là-bas »

Je sais bien qu’elle me dit ça pour que je ne regarde pas ce que fait mon papa.

« Mais si. Allons, fais pas ton têtu. »

C’est à ce moment que Maman arrive avec Rita.

« Qu’est-ce que tu as dans la main ? Qu’est-ce qu’il y a dans ce sac ? »

« Rien… Un truc que je voulais jeter »

« Montre-moi ! »

Là, quand Maman, elle parle comme ça, y’a pas à discuter. Faut faire. Maman prend le sac des mains de Papa et quand elle sort la chaussure, elle dit :

« Mais qu’est-ce que tu fous avec une chaussure de Maman ? Tu voulais la bazarder, c’est ça ? Dans son dos, en plus ? Mais t’es un grand malade ! Okay, je sais que tu détestes ses chaussures, mais de là à lui planquer ses chaussures… Enfin, une chaussure. C’est pathétique, Jean-Pierre »

C’est là que Mamie, elle est géniale. Elle sait toujours régler les problèmes.

« Ma Chérie, ce n’est pas grave. Il me semblait bien qu’il me manquait une chaussure. Je n’arrivais pas à mettre la main dessus. Voilà, maintenant, le problème est réglé. Je sais où elle est. »

« Oui, mais quand même… »

« Non, ma Chérie. Pas de quand même… Il y a des choses nettement plus graves dans la vie. Qu’est-ce que tu dirais si Jean-Pierre t’avait trompée ? » qu’elle dit Mamie, en jetant un regard bizarre vers Papa, qui baisse les yeux. « Allez, ne te mets pas dans cet état pour si peu… Maintenant, on va tous aller se détendre là-bas. J’ai repéré une aire de jeux. Allez ! »

« Merci, Maman, de le prendre comme ça. Tu es vraiment géniale »

« Ce n’est que maintenant que tu t’en rends compte ? »

Maman se met à courir derrière Rita, qui se précipite déjà vers l’aire de jeux, sans faire gaffe aux voitures. Moi, je marche doucement. Je veux savoir ce que Mamie va dire à papa.

« Vous voyez, Jean-Pierre, mes escarpins, ils me donnent parfois l’air d’une P… mais ça sert dans certaines occasions ! »

Plus jamais Papa n’a critiqué Mamie depuis ce jour et nous avons passé des vacances super extra.

Mon commentaire

L’exercice m’a prouvé que j’étais capable d’imaginer une histoire courte, même avec un cadre imposé.

Trouver l’idée fut un défi. Pendant plusieurs jours, j’ai tourné le sujet dans ma tête, sans cesse. Et puis, j’ai laissé tomber, me disant « je passerai à l’exercice suivant ».

Le lendemain, le scénario était clair dans ma tête. J’ai écrit l’histoire d’un trait. C’était évident, naturel.

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